En voyage à 3 pour la première fois

Avant de devenir mère, j’avais ma petite façon de voyager, perfectionnée au fil de mes pérégrinations à travers le monde : Costa Rica, Chili, Argentine, Mexique, Namibie, Botswana, Afrique du Sud, Jordanie, Israël, Turquie, Philippines, Maroc, Inde et j’en passe.  Je m’étais promenée pas mal, et pas en me prenant pour Kate Middleton, laisse-moi te le dire. Des hébergements crades, j’en ai fréquenté quelques-uns, il y a eu beaucoup de vomi dans des toilettes turques sans papier, beaucoup de tites pilules anti-malaria qui rendent l’humeur exécrable, beaucoup de douches froides à la tasse en se fermant la bouche hermétiquement et un nombre incalculable de lézards criards sur mes murs de chambre. J’ai déjà écrasé un scorpion avec mon pneu de char devant ma tente. Oui, oui, je campais dans la savane africaine. Ça fait que je me considère comme un vraie voyageuse. Alors quand on s’imaginait, l’Homme et moi, avec un bébé, on s’imaginait aussi à trois ailleurs que dans Villeray. Durant la grossesse, on parlait du Vietnam, du Cambodge, de Madagascar…

Finalement, on est allés en Martinique et en Guadeloupe.

Méchante drop.

Sur une échelle de 1 à « je rêve d’aller là », la Martinique et la Guadeloupe auraient autrefois scoré un 3. Un 4, si tu m’avais posé la question au mois de février.

Surtout qu’on partait presque tout un mois. C’est pas le genre de destination où tu pars 30 jours, quand t’es le genre backpack/petit budget/en quête d’aventure. Disons que la grosse majorité des touristes de ces superbes îles sont des Français retraités. Ça te brosse le portrait. 1- Ils sont Français. 2- Ils sont vieux. Conclusion : ils parlent non-stop, sans respirer, sans ponctuer, sans se soucier de voir si tu t’es endormi il y a une demi-heure. Plus verbomoteurs que Louis-José Houde accouplé avec Christiane Charette (prière de ne pas imaginer l’acte menant à ce croisement). On est loin du calage de shooters avec des dudes amateurs de surf sur une plage reculée de Bohol. Ajoute à ça le fait que tout se passe en Euros et ton petit budget de sympathique Canadienne en congé de maternité en prend pour son rhume.

Arrivée ici dans le texte, tu te dis : « Mais pourquoi diable ont-ils choisi d’aller là, alors ? ». La vérité, c’est qu’on a réfléchi longtemps. On avait des amis qui partaient avec un bébé plus jeune vers la Nouvelle-Zélande. Or, notre bébé à nous est pas mal moins tranquille que le leur (euphémisme). Six heures de vol vers Vancouver + quatorze heures vers Auckland ? 17 heures de décalage horaire ? Non merci. Je n’avais pas mis autant d’efforts sur le sommeil de ma fille pour me retrouver à faire des coucous de 2:00 à 5:00 AM à un bébé jetlag. Nous nous sommes donc mis à avoir quelques critères qui ne nous auraient jamais effleuré l’esprit avant : durée du vol, nombre d’heures de décalage horaire, qualité des infrastructures de santé sur place, présence de malaria, eau potable, etc… Comprends-moi bien, je vais finir par y aller, au Vietnam, avec Mademoiselle C. J’étais juste pas sûre que c’était le premier voyage que je voulais faire avec elle. Disons qu’on a vu ce voyage-là comme un voyage-test.

L’autre point, c’est qu’on partait en février. Pas la bonne saison pour plusieurs des destinations qui nous tentaient et qui répondaient à nos critères, comme le Portugal ou la Croatie, par exemple.

On est donc partis en Martinique et en Guadeloupe. C’est magnifique. C’est chaud. Et ça fait du bien pas à peu près quand il fait – 30 degrés pendant des semaines et que tu n’oses plus sortir de la maison avec ton enfant (on se rappelle que février a été nommé « mois le plus froid du siècle » cette année). On n’en demandait pas plus de cette première expérience. On s’est regardés dans le blanc des yeux et on s’est dit qu’on transporterait notre quotidien au soleil. That’s it, that’s all.

Oui, on a mesuré à maintes et maintes reprises le gap qui nous séparait de nos voyages d’avant, non, on n’a pas mangé au resto souvent et non, on n’est pas revenus aussi reposés qu’on l’aurait été à deux. Mais ça a été une expérience formidable. Notre fille, libérée de l’encombrant habit de neige qui fait d’elle une étoile toute pognée, a progressé vitesse Grand V. Elle a bouffé du sable, des coquillages et du linge pas propre, trouvé dans le zipper mal fermé d’une valise pendant un moment d’inattention parentale. Elle a dû s’habituer au chapeau et au moustiquaire sur son lit. Elle s’est fait enduire de litres d’écran solaire, s’est baignée dans la mer et a percé sa première dent. Surtout, elle a passé du temps de qualité avec ses deux parents qui, enfin, n’avaient que ça à faire, être là pour elle.

Pendant 23 jours, elle s’est fait affectueusement appeler « doudoune » (prononcer avec l’accent créole) par toutes les grosses madames martiniquaises et elle a mangé du poisson frais pêché, acheté sur les quais. Pas mal, quand même, quand on n’a que 9 mois.

Alors n’hésite pas : pars. Oui il y aura des écueils, des nuits difficiles et des situations que tu n’aurais pas eu à gérer à la maison, mais ça vaut le coup. Et en espérant que ça te soit utile, je te partage quelques-uns de nos constats sur le voyage avec un bébé.

1- Tu ne voyageras pas léger, mais évite le superflu

Sérieusement, l’Homme et moi avions toujours la même affaire sur le dos et pourtant, nous n’étions jamais partis avec autant de stock. Un bébé, ça vient avec son matos. Prévoir plus qu’une heure la veille du départ pour faire les valises. Mon conseil : apporte moins de vêtements et une petite bouteille de détergent à lessive. Et avant de tout emporter avec toi, informe-toi sur les équipements disponibles dans tes hébergements (s’ils sont réservés d’avance). Je m’apprêtais à acheter un lit bébé de voyage quand j’ai découvert que les cinq hébergements réservés l’offraient sans frais. Les chaises hautes n’étaient pas rares non plus.

2- Fais-toi à l’idée : tu vas passer beaucoup de temps dans ton hébergement

Si d’habitude celui-ci ne te servait qu’à dormir quelques heures dans un état de légère ébriété, là, tu vas faire connaissance avec en long et en large. Je te recommande, plutôt qu’une chambre, un petit appartement avec cuisinette où tu peux continuer à vivre lorsque bébé est couché, où tu peux te faire à souper et bouffer tranquille sur la terrasse. Parce que sur 23 jours, demande-moi combien de soupers j’ai pris au resto. Zéro. Il aurait fallu prendre la voiture, endormir la petite dans sa poussette, la remettre dans la voiture… On a préféré passer souvent par le port de pêche et se cuisiner poisson et langoustes à la maison. Côté budget, c’est pas une mauvaise chose. Ah oui, la clim, avec bébé, c’est pas négociable. Notre premier hébergement portait la mention « agréable ventilation naturelle ». Criss…

3- Installe-toi plus longtemps à chaque endroit… mais pas trop

Ça, ça veut dire « reste plus qu’un ou deux jours à la même place, mais pas huit, mettons ». Avant, nous bougions pratiquement chaque jour en voyage. Une nuit, maximum deux, au même endroit et puis hop ! Puisque nous avions établi qu’avec Mademoiselle C., il serait préférable de nous installer plus longuement à chaque endroit, nous avions plutôt prévu 5 hébergements sur 23 jours. Sauf que l’hébergement 1 et l’hébergement 4 comptaient respectivement 8 et 7 nuits. Trop long. En tout cas, pour nous qui étions habitués à plus de changements de décor. Surtout considérant qu’avec un bébé, tu le vois déjà beaucoup, ton décor. Pour nous, la première nuit à chaque hébergement était difficile. Mademoiselle C. devait s’adapter au nouveau décor, aux nouvelles odeurs… Elle se réveillait beaucoup, la première nuit. Dès la deuxième, ça allait mieux. D’où la nécessité de ne pas changer d’appart aux deux jours. Mais j’avoue qu’après huit jours, la vue avait beau être à couper le souffle, l’appart avait beau être coquet, j’avais comme fait le tour de mon extase pour les bananiers et les hibiscus environnants.

4- Tu ne feras peut-être pas autant l’amour que tu pensais

Vacances = sexe tous les jours, non ? Naaaonh. Quand tu as réservé un appart sans clim, que le moindre bout de peau devient un buffet Mandarin pour moustiques possiblement porteurs de Dengue et de Chikungunya, que tu t’es pratiquement baignée dans le répulsif à indice de DEET élevé, que tu as du sable plein la craque de fesses et que ton enfant dort d’un sommeil supra-léger dans la même chambre que toi, ça se peut que tu kamasutres moins que prévu. Pars avec des attentes raisonnables. Tu risques moins d’être déçue.

5- Fais quelques achats judicieux avant le départ

Avec un bébé, tu ne peux pas te permettre d’arriver dans un autre pays et de commencer, au sortir de l’avion, à chercher un magasin, une épicerie ou autre. Ta marge de manoeuvre est plus limitée. L’Homme et moi avions emporté des céréales, des biscuits, des soufflés et tout un tas de ce genre de petites pochettes de purée :

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Ben pratique. Ça nous a dépannés souvent.

Sinon, nous avions emporté avec nous :

– Un coussin d’allaitement gonflable

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– Une baignoire gonflable

La plupart des hébergements, à moins de voyager dans un certain luxe, n’offrent qu’une douche. Le petit bain gonflable a servi TOUS les jours. Même que Mademoiselle C. aimait jouer dans le bain vide, parfois, durant la journée. Et on va se le dire : prendre son bain dans le jardin, au milieu des palmiers, c’est quand même pas pire.

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– Une tente Peapod Plus de KidCo

Ça, vraiment, on s’en est félicité plus d’une fois. À la plage, c’était le seul moyen de permettre à Mademoiselle C. de jouer en paix, à l’ombre, sans qu’elle ne se retrouve recouverte de sable de la tête aux pieds en passant par l’oesophage. Une fois repliée dans son sac, la tente a la taille d’un disque vinyle environ et l’épaisseur d’une balle de tennis. C’est léger, facile à transporter et, selon le tempérament de votre enfant, ça peut aussi lui servir de lit pour les siestes ou même la nuit. Dans le cas de l’énergique Mademoiselle C., la tente n’a été qu’une aire de jeux, mais j’ai vu d’autres enfants dormir dedans, à la plage. Un must, quant à moi.

PS : C’est pas moi, la p’tite dame quétaine au chapeau de paille sur la photo.

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– Un bon porte-bébé

Nous avions un BabyBjörn Miracle, mais l’avons laissé à la maison. Trop rigide, trop chaud. Des amis nous ont prêté leur Ergobaby qui s’est révélé génial. En plus d’être mieux conçu pour les hanches de bébé, il permet de porter celui-ci sur le dos, ce qui est vraiment bien en voyage. Et bien que d’endormir bébé au sein ne soit pas une super habitude à prendre, en voyage, j’ai abandonné. La seule façon de faire faire la sieste à Mademoiselle C. hors de nos hébergements était soit dans la voiture, soit dans le porte-bébé. Je l’allaitais directement dans le porte-bébé, en toute discrétion, sur la plage, parfois en marchant, même, et elle s’endormait là, collée contre moi. C’est pas mêlant, j’ai presque sorti plus souvent mes seins que les Françaises.

– Un gilet de sauvetage pour bébé

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Tu comptes explorer la mangrove en kayak ? Prendre une banca plutôt bancale ? Martin Deschamps nage mieux que toi ? La veste de sauvetage est ton amie. Et dans les simples moments de baignade où les vagues se feront un peu intenses, si tu perds pied, tu risques d’être plutôt contente d’avoir mis ton enfant là-dedans. Just sayin’.

Faut par contre que je t’avoue que ma fille a manifesté pour la veste un amour… limité.

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Finalement, en vrac :

Dans la catégorie « l’affaire qu’on aurait dû apporter avec nous »

Il y a dans chaque voyage UNE chose qui te manque. Cette chose que tu regrettes de ne pas avoir apportée et qui aurait été siiiii utile. Dans notre cas, ça a été un coussin de cou pour bébé. Les sièges auto locaux étaient très très verticaux, comparés au nôtre. Quand Mademoiselle C. s’endormait dedans, elle se ramassait avec le cou cassé, la tête sur ses genoux. Genre ça, mais en pire :

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J’ai aussi découvert ce truc par la suite. Le soleil est aussi un enjeu durant les siestes en voiture. N’ayant pas apporté de pare-soleil avec moi, j’ai utilisé l’auvent de la poussette tout au long du voyage. En me trouvant super ingénieuse, je l’avoue.

Dans la catégorie « ça, on aurait pu le laisser à la maison »

Tu sais, l’os*&?$% de chapeau de fausse paille pas pliable que tu trouvais TELLEMENT cute sur la tête de ton bébé ? C’est non. Tu devras le trimballer partout dans tes mains et dans mon cas, c’est la seule partie d’un corps qui ait porté ce satané chapeau. Mademoiselle C. n’a jamais voulu de ce truc sur sa tête.

Et finalement, dans la catégorie « apporte moins de linge pour pouvoir rapporter plus de ça »

Le Punch Banane de Damoiseau. Mmmmmm. On a vidé la moitié d’une bouteille en une soirée, au retour. Damn. Si tu vas en Guadeloupe, pense à moi.

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