Habiter dans petit avec un p’tit

Je vois dans l’Homo Quebecus trois grandes races distinctes. Les urbains, les banlieusards et les campagnards. Bon, on pourrait sans doute ajouter quelques sous-catégories pour inclure les ermites ou les nomades, mais, par nature, ils ne souhaitent pas tant que ça être inclus. Certains trouveront que j’exagère, qu’il s’agit juste « d’où tu vis » et non pas de ce que tu es. Or, pour moi, chacun de ces espaces de vie distinct vient avec un mode de vie qui lui est propre. Ton rapport à la collectivité est forcément différent si tu partages ton transport, ton parc, ta piste cyclable et ton odeur de fin de journée dans le bus avec des dizaine d’autres personnes plutôt que d’en avoir la pleine jouissance en solo la plupart du temps.

Née dans un village, je suis pourtant, à l’âge adulte, de ceux qui se réclament d’aimer la ville d’un amour indéfectible, de ceux qui jubilent à l’idée de pouvoir faire toutes leurs courses à pied, qui se vantent d’acheter leurs livres dans une librairie de quartier, qui aiment l’idée que la piscine et le gazon constituent un bien commun. Je sais que le mode de vie banlieusard est pour certains un Eldorado, un rêve, l’accomplissement (matériel) d’une vie. Or, il y a aussi en banlieue tout un tas de résignés, de banlieusards par dépit. Parce que de tous ceux qui, comme moi, jurent la main sur le coeur qu’ils ne troqueront JAMAIS la ville pour la banlieue, un très grand nombre, pourtant, finiront par s’y installer à contre-coeur. Pas parce qu’ils se meurent d’envie d’être de Terrebonne humeur, mais bien souvent parce que, la famille s’agrandissant, ils ont besoin de plus d’espace, espace qui, en ville, coûte un bras, une jambe, un rein pis tes REER.

L’Homme et moi avons acheté, il y a cinq ans, un appartement au rez-de-chaussée dans Villeray. Quelque chose de beau. Un ancien garage de mécanique automobile reconverti en condo dans lequel le chain-block original trône toujours (calmez-vous, fans de Fifty Shades). Les planchers de béton verni me permettent de marcher en talons hauts si ça me chante (parce que j’aime pas ça, moi, recevoir « en pieds de bas ». Je trouve que de te voir siroter ton Champagne en chaussettes dans mon salon, ça gâche le prestige du drink en ta, bon). Y’a même un magazine de déco qui est venu faire quelques photos. La maison est située sur un coin de rue et trois portes de garage vitrées fenestrent les deux côtés. C’est lumineux, chez nous. La terrasse en L qui entoure notre appartement est belle et, quand les gars de la ville ne conduisent pas leurs chenillettes comme certains chanteurs leur auto dans la piste cyclable, notre intimité est protégée par une haie de cèdres de quelques deux mètres de haut. Bref, on tripe sur notre espace depuis le tout début. On a fait ici des partys mémorables et, quand on revient de voyage, c’est avec des yeux d’enfants qu’on redécouvre notre maison, qu’on retombe en amour avec.

Mais voilà, notre chez-nous fait 1000 pieds carrés.

C’est correct. À Paris ou à New York, ce serait considéré comme vaste. Y’aurait de l’écho. Même à Montréal où les contracteurs se lancent à qui mieux-mieux dans le 600 pieds carrés, c’est pas pire. À deux, on trouvait ça amplement suffisant. On avait un bureau. C’est là que j’écrivais mes romans. On avait aussi, comme pas mal tout le monde, une petite pièce à l’arrière où, en plus de la laveuse et de la sécheuse, on empilait tout ce qui n’avait pas d’affaire ailleurs. On savait que pour le même prix, en banlieue, on aurait eu une grosse cabane, une piscine pis des petits pots avec du faux gazon dedans sur le bord de la fenêtre de la cuisine (pourquoi tout le monde a ça, donc ?). On s’en foutait.

C’est là qu’est arrivée dans nos vies une troisième petite personne.

Oh, elle est vraiment très petite, on ne peut pas dire qu’elle prenne beaucoup de place elle-même, malgré ses giga-cuisses de bonhomme Michelin. C’est juste qu’elle vient avec un shitload de stock, cette petite personne. Et qu’elle a besoin d’une chambre où dormir. Bye bye bureau.

Sérieusement, si tu n’as pas d’enfant, tu ne peux pas imaginer à quel point ça vient avec du stock. Même si tu te la joues simplicité volontaire sur les bords, ça va quand même te prendre une poussette, au minimum. C’est assez de base. Mais quand tu n’as pas de garage, tu la mets où, ta belle Bugaboo qui coûte elle aussi un rein ? Dans ta maison. Ou, au mieux, attachée dehors avec une housse durant l’été. L’hiver, penses-y même pas. Et ça, c’est UN item. Un sur à peu près 376.

Il était hors de question de déménager. Il a fallu être créatifs.

Je suis alors devenue, à force de recherches internet, la pro des solutions pour petits espaces. Premier constat : les designers se sont penchés là-dessus et ont créé plein de belles choses… en vente partout en Europe. Au Canada, s’il y a bien une chose dont on ne manque pas, c’est d’espace. Ils n’ont pas dû voir là une grosse occasion d’affaires. Tsé la phrase qui parle de vendre un frigidaire à des Esquimaux ? Même combat. Ça fait qu’il faut être débrouillard pas mal pour dénicher, depuis Montréal, les items qui vont empêcher ton bel espace de devenir un colourful dépotoir.

ÉTAPE 1 : LE GRAND MÉNAGE

Évidemment, le premier step, c’est de te débarrasser de TOUT ce qui est inutile ou utile une fois aux 3 ans. Non, tu ne reporteras pas cette salopette en jeans blanc à pattes d’éléphant. Out. Sois honnête, as-tu déjà utilisé ton AbRoller au cours des cinq, voire dix, dernières années ? Out. Et ton chevalet ? Tu n’as pas peint le moindre bout de toile depuis le cégep, ta peinture a séché et tes fusains sont tous blancs parce qu’ils sont secs-secs-secs. Tu vas en prendre un entre tes doigts et il va se désintégrer live. Out. Avertissement : argumentations à prévoir. Toi et ton amoureux risquez de ne pas toujours être d’accord sur le caractère important, précieux ou essentiel de chaque objet. L’Homme ne comprenait pas que je tienne à mes CD de François Pérusse ou à ma collections de VHS de Walt Disney. Moi, je regardais de biais son brûleur à encens laitte en bois. Prévois du temps. Et du vin.

ÉTAPE 2 : RÉORGANISATION DE L’ESPACE

Après cette étape cruciale du grand ménage, tu prépares ton espace. C’est là que mes spectaculaires skills de recherche internet sont entrés en jeu. Quelques trouvailles en particulier ont fait toute la différence.

En première position : le lit-coffre. C’est un lit qui s’ouvre, révélant, en dessous, un espace de rangement. En gros, ça ressemble à ça :

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Quand on doit vider un bureau et qu’on n’a pas de sous-sol où entreposer son contenu, ni de garde-robe vide qui n’attendait que ça, vivre la joie incommensurable d’être rempli, il faut créer des espaces de rangement. Justement, en-dessous de toi, quand tu dors, y’en a plein ! De notre côté, on a opté pour un lit fabriqué à Montréal par la compagnie Fornirama, en vente chez Loft Déco, sur le boulevard Saint-Laurent (oui, oui, on a trouvé au moins une chose à Montréal). En plus, comme c’est fait sur mesure, on a pu en faire augmenter la hauteur de quatre pouces. J’te jure qu’y’en rentre, du stock, là-dedans ! Machine à coudre, table de poker, bottes de planche à neige, valises, tabourets pliables, alouette ! On l’appelle affectueusement notre sous-sol. Démonstration, Vanna :

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En deuxième position : la table console. Va voir cette démo !

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C’est le bon vieux principe de la table à rallonges, sauf que lorsque toutes les rallonges sont enlevées, ce n’est plus une table, mais une simple console que tu peux appuyer contre un mur. L’Homme et moi, au quotidien, on mange toujours au comptoir, assis sur des tabourets. Une grande partie de notre espace était donc occupée par une table et des chaises… qu’on n’utilisait que lorsqu’on recevait des amis ! On s’est donc procuré une table très semblable à celle de la photo ci-haut (pas celle de Ozzio qui coûtait 5000 $, mais plutôt celle-ci. Avertissement : comme le prix, la qualité diffère de l’originale), ainsi que plusieurs exemplaires de cette chaise pliante translucide :

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Ainsi, la plupart du temps, tout est accroché au mur dans la petite pièce laveuse-sécheuse à l’arrière, mais en quelques minutes, on peut mettre la table pour une douzaine de personnes sans problème. Qu’est-ce qu’on a fait avec tout cet espace superflu ? Ceci :

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C’est l’aire de jeu de Mademoiselle C. Grâce à ce mobilier de cuisine « rétractable », on a créé une pièce de plus. Une salle de jeux, en l’occurrence. En plus, elle a une balançoire dans la maison ! J’avais déjà bidouillé une balançoire suspendue à la poutre principale, alors les anneaux étaient en place. Suffit de remplacer la balançoire traditionnelle en bois et en chaînes (calmez-vous prise 2, fans de Fifty Shades) par le siège de plastique pour bébé. Quand je cuisine, elle adore s’y balancer puisqu’elle est alors exactement à la bonne hauteur pour voir ce que je fais. Et comme tous les items bébé de la maison, ça se range facilement si on souhaite remettre l’espace en mode « adulte ».

Un autre item que j’ai envisagé, mais dont j’ai repoussé l’achat pour des questions de budget est le projecteur télé. Quand on manque d’espace, ce n’est pas très logique d’occuper un mur en permanence avec la télé. Une toile qui descend du plafond avec un projecteur est nettement plus pratique. Ça permet d’utiliser ledit mur pour une bibliothèque, par exemple. À venir. 🙂

ÉTAPE 3 : LES TRUCS POUR BÉBÉ, EN PRENDRE, EN LAISSER ET CHOISIR INTELLIGEMMENT

Évidemment, il y a des items incontournables (genre un lit), mais en somme, je trouve que les futures mamans achètent beaucoup trop de choses, trop vite. On est là à tout accumuler pour les deux prochaines années, comme si les magasins allaient fermer d’ici là; c’en est ridicule. Personnellement, j’avais ma poubelle à couches en décembre. J’ai accouché en mai. Et je ne l’ai pas utilisée avant septembre, parce qu’avant ça, Mademoiselle C. était exclusivement allaitée et du caca de bébé allaité, ça ne sent pratiquement rien. Une affaire de trop dans la maison pendant 9 mois. C’est un exemple parmi tant d’autres. Le bain de comptoir pour bébé ? Il m’a servi durant un ou deux mois, tout au plus. Emprunte les affaires de tes amies si tu peux, fille. C’est mon meilleur conseil.

Sinon, voici quelques objets assez cool qui économisent tes précieux pieds carrés de jeune femme urbaine :

La Lobster Chair de Phil&Teds :

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Cette chaise est formidable. Puisque nous mangeons au comptoir, Mademoiselle C. mange avec nous, sa chaise bien accrochée au rebord. C’est très solide et ça s’apporte facilement au resto. Au début, quand elle était trop petite pour la chaise, je la nourrissais dans son Bumbo, mais elle est vite passée dans la Lobster. Ma fille a maintenant 10 mois et nous n’avions que cela à la maison, jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi jusqu’à aujourd’hui ? Je ne voulais rien savoir d’une chaise haute dans mon espace, mais je dois me rendre à l’évidence : Mademoiselle C. mangeant maintenant les morceaux que l’on pose devant elle avec ses mains, l’absence de tablette pour retenir toute cette bouffe commence à se faire sentir (lire : beaucoup de bouffe par terre et très peu dans sa bouche). Il y a bien un petit plateau qui vient avec la Lobster, mais elle l’enlève facilement. Voici donc la chaise que j’ai choisie :

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Ce n’est pas la plus design sur le marché, c’est sûr. Mais encore une fois, dans un souci d’économie d’espace, j’ai opté pour une chaise convertible qui devient ensuite une chaise et une table pour l’enfant. Et j’ai choisi le vert, couleur unisexe. Il est tentant d’acheter à ta fille tous ces trucs girly rose ou mauve, mais quand tu envisages d’avoir d’autres enfants, vaut mieux prévoir le coup.

Voilà. Avec tout ça, ça respire encore chez nous et on trouve toujours notre maison belle. On se dit même qu’on serait bien capable d’en avoir un deuxième sans déménager… Tsé, ils font pas ça pour rien, ces beaux lits-là…

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Allez. Small is beautiful, comme y disent.